Bien gérer ses émotions

Comment bien gérer ses émotions?

C’est une question que beaucoup d’individus se posent plus d’une fois le long d’une vie. Et savoir gérer son émotion comme exprimer ses sentiments dépasse parfois notre entendement. 7 janvier 2015, quelque part dans l’espace temps. Au rythme des informations plus ou moins contradictoires que nous recevons, mon interlocuteur et moi, nous passons de l’incrédulité à la surprise, de la surprise à l’incompréhension, de l’incompréhension à la compassion (de la compassion pour nous en tout cas) et ainsi de suite.

Avec le recul on peut se demander, depuis ces funestes dates, entre le 7 janvier et le 11 janvier 2015, quelles émotions ont pu traverser les populations en France et dans le monde entier ? Et alors qu’un événement grave venait de se passer au siège de Charlie Hebdo en emportant, dans la pensée de beaucoup, un pan même minime de l’histoire de France.

Un élan rare de solidarité a alors traversé le pays ; ce mouvement a rassemblé hommes et femmes de toute race et de toute confession. Et même si on observe de ci et de là quelques tiraillements, l’essentiel semble pour le moment conservé, la solidarité. Il s’avère que l’émotion nous confère une grande capacité motrice qui actionne nos faits et gestes de manière consciente ou non. Cette émotion là a bouleversé nombre d’entre nous, nous a remué de l’intérieur comme à l’extérieur ; car l’émotion mélange aussi pensées et sentiments autant que gestes et ressentis que le contexte vient pondérer ou accélérer.

L’exaltation de nos émotions ici a été multiplié par plusieurs facteurs notamment :

  • les informations médias relayés en continu par la multiplication des parties prenantes ; surtout que ce malheur touchait également et directement des journalistes
  • l’exhortation politique à la fraternité tout comme à la vigilance
  • la connaissance directe ou non de certains décédés très connus ; j’avais moi-même une profonde admiration pour le professeur d’économie Bernard MARIS
  • des réactions internationales parfois surprenantes…

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Eléments déclencheurs des émotions

Je fais partie de ceux qui pensent que l’émotion, qu’elle soit sincère ou non, n’est pas spontané. Que s’est-il passé ici ? Déjà de ce que j’ai pu ressentir comme des discussions que j’ai pu avoir autour de moi ;  nous avons donc navigué entre plusieurs états : l’incrédulité, l’incompréhension, la surprise et la compassion. or, au sens stricto sensu, les émotions fondamentales qui nous guide sont de l’ordre de six :

  • la peur
  • la colère
  • la joie
  • la tristesse
  • la surprise
  • le dégoût

Si chacune de ces émotions a du traverser l’un ou l’autre d’entre nous, on se rend compte d’une petite étape intermédiaire qui est de replacer l’événement au sein de nos schémas mentaux. Et puis, l’émotion ici, quelque soit sa force intrinsèque, est portée par la collectivité ; elle est aussi incitée et relayée par les éléments indiqués plus haut. Ces cadres interprétatifs dus à la médiatisation génèrent donc ces émotions, pour le moins ils matérialisent ces émotions et les contrôlent…

 

Charlie ou pas Charlie ?

Personnellement, avant ces massacres, je n’avais jamais vraiment lu Charlie Hebdo. Curieux de nature, j’avais bien feuilleté quelques pages de son ancêtre Hara Kiri mais, cela s’arrêtait là. Pourtant, j’ai répondu tout de suite oui quand un de mes interlocuteurs m’a proposé que l’on s’abonne à Charlie Hebdo. Menant le geste à la parole, j’ai même failli lancer cette proposition dans les réseaux sociaux

La solidarité oui, être nombreux pour dire non à la violence oui tout autant ; pour le reste, il est difficile d’obliger quelqu’un à agir contre sa propre nature. Et il ne faut  oublier que ceux qui ne veulent pas s’appeler Charlie ne sont pas tous, loin de là, des terroristes. Refuser de s’appeler Charlie, c’est accepter de marquer sa différence. Ce qui importe c’est de communiquer encore et encore ; d’oser ouvrir son cœur pour parler avec l’autre, celui justement qui est différent. Regarder les sociétés qui marchent le mieux à travers le monde, ce sont souvent celles qui ont fait une force, un bras de levier de de la force productive grâce à leurs différences…

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Comment vivre avec ses émotions ?

Et comment bien gérer ses émotions ? Attention déjà aux travers ; en effet, ne pas reconnaître l’autre dans  son émotion si elle est contraire à la nôtre, c’est refuser sa propre émotion. Et chacun s’exacerbe de ne pas se sentir compris, de ne pas se sentir respecté dans ce qu’il a de plus cher, dans ses croyances, dans sa culture.

Le problème est que l’esprit émotionnel lui est plus rapide que l’esprit rationnel. Du travail sur nos émotions dépend donc notre capacité à raisonner sainement et à prendre un minimum de recul face aux choses et aux événements de la vie. En d’autres termes, l’émotion est un message, à nous de choisir si nous laissons ce message nous guider ou si, nous le maîtrisons comme on maîtrise un cheval sauvage. Le cheval sauvage ne sait pas vraiment contrôler sa force, il a tendance, surtout quand il ne comprend pas ce qui se passe, à aller dans tous les sens. Une fois dressé, le cheval sauvage garde sa fougue, son explosivité et sa vaillance. Simplement, il gaspille beaucoup moins d’énergie en n’usant pas ses forces en gestes parasites, il se sent alors plus serein, plus assuré, plus zen.

Chacun d’entre nous a le pouvoir de dompter son cheval sauvage, de gérer ses émotions ; c’est d’abord une question de motivation et d’estime de soi. Et c’est souvent dans la simplicité que l’on trouve les meilleurs moyens de gérer ses émotions ; dis autrement, c’est éviter de se prendre la tête inutilement, je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire ; heureusement pour moi, ça servirait à quoi que je sois coach (je rigole à peine !). Dans le monde que nous vivons, être simple demande étrangement parfois de sortir des sentiers battus, de marquer sa différence, j’en parlerai lors d’un autre article spécifiquement dédié à nos différences.

Vraiment, je voudrais vous persuader que la simplicité est un des premiers vecteurs de la capacité humaine à gérer ses émotions ; et vous pouvez regrouper beaucoup de choses dans la simplicité. Déjà ne pas faire comme moi pendant des années, pour cette raison je peux en parler ! La simplicité, c’est aussi ne pas se prendre trop la tête ; c’est être capable de dire les choses simplement, c’est incroyable comme nos « grands » de ce monde ont souvent de belles paroles, de celles qui font plaisir à tout le monde, et puis…

 

De la sincérité émotionnelle

Parmi mes écrits sur les réseaux sociaux (Facebook), il m’était venu spontanément ces paroles (spontanément vraiment ?)

Peut-on s’imaginer que près de 4 000 000 de personnes se lèveraient pour 17 d’entre nous ? Peut-on s’imaginer que 3 policiers morts au champ d’honneur seraient black, blanc, beur ? Peut-on s’imaginer une telle émotion comme une vague déferlante même pour un petit moment ?

Pourtant l’émotion, positive ou négative, n’est pas quelque chose de spontané…

J’ai parlé plus avant de la spontanéité. Concernant l’émotion qu’elle soit positive ou négative ; j’en ai un peu parlé également. En effet, nous ne nous appelons pas tous Charlie. Oui, la médiocrité de ceux que l’on a affublé de l’étiquette de terroristes les avait amené à se faire haïr par beaucoup d’entre nous en assassinant aveuglément aussi bien des concitoyens juifs que musulmans ou chrétiens ou d’autres encore…

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Émotions vs émotions

Pour autant, ceux qui disent ne pas s’appeler Charlie sont aussi pour nombre d’entre eux des concitoyens qui, au delà de la compassion pour le « départ » d’être humains, ont connu aussi leur part d’émotions. Or, nul ne sait, à ce niveau paroxysmique où nous étions arrivés, ce que une émotion peut avoir comme message contraignant pour chacun de nous.

D’où cette forte nécessité de dialoguer, de discuter, de s’exprimer et de partager nos sentiments, nos frustrations, nos colères… Que l’on veuille s’appeler Charlie ou non ; c’est aussi cela le prix de la résilience pour soi et de la fraternité pour l’autre. Je l’ai dit, à l’instant zéro où nous apprenions la malheureuse nouvelle, nous étions pour un court moment en dette d’émotion. Nos capacités à réagir sainement à la suite d’un tel événement dépend donc de notre capacité à le rationaliser grâce à notre capacité à prendre du recul.

Charlie va se dire que des journalistes sont morts pour que la liberté d’expression soit préservée à travers le monde. Charlie va aussi se dire que la justice est là pour régler le litige pour qui n’est pas d’accord avec sa liberté de parole.

Le « non Charlie » et le « Charlie » sont pluriel puisque beaucoup de musulmans sont dans chaque camp. Le “non Charlie” lui se demandait pourquoi on en voulait autant au Prophète, un autre “non Charlie” considérait que tous les Charlie étaient des complices de blasphémateurs et considérait ainsi ces assassins comme des héros, un autre non Charlie encore ne savait que penser au moment de la vague émotive « dois je être Charlie or pas Charlie » telle est son questionnement… toujours la caractéristique de l’immédiateté accentué par les mouvements collectifs.

Dans de tels mouvements collectifs, c’est quelque chose de « plus grand que nous » qui nous porte et nous rassemble. Pourtant, un scanner permettrait de détecter, on l’a remarqué, que les raisons de chacun sont personnelles. On retrouve ici des typologies classiques de l’entreprise comme le suiveur et le leader, choisissez votre camp ou choisissez-vous comme pluriel (à l’image du monde quoi !)

Que faire avec son émotion ?

L’émotion est source d’énergie en ce qu’elle nous permet de nous mouvoir. Dans l’instantané, l’émotion nous impose le chemin à suivre même dans la confusion ; dans l’écoute de nos émotions, nous trouvons bien des réponses à des questions posées. Cette émotion devient alors notre boussole. Laissez faire votre émotion et elle deviendra un cheval sauvage ; écoutez là, sachez agir en conséquence et vous obtiendrez votre plus fidèle allié, votre plus belle source d’énergie créatrice.

 

L’émotion d’Emmanuel Todd

Quatre mois après la tuerie du 7 janvier et la grande manifestation qui s’ensuit le 11 janvier, la fièvre émotionnelle ne semble pas prête de retomber. J’ai souligné, au début de cet article écrit le 28 janvier, l’évolution du duo sentiments/émotions suscitée par ces événements et par le slogan “Je suis Charlie”. Voulant justement prendre du recul, le démographe et historien Emmanuel Todd dit avoir pris le temps de la réflexion avant la sortie, ce 7 mars, de son dernier livre intitulé “Qui est Charlie, sociologie d’une crise religieuse”, livre paru aux éditions du Seuil.

Cet ouvrage a défrayé la chronique et a été très commenté notamment dans l’express et France TV info. Dans son opus, monsieur Todd pense que la France est dominée par une classe moyenne issue d’un catholicisme zombie et qui ne croit plus en rien. Ce milieu catholique, d’après lui, favoriserait l’inégalité entre frères et sœurs et sur divers sujets. Cela dans une France dévitalisée métaphysiquement et où rien n’a supplanté l’éclipse de toute cette religion.

Cette perte de croyances et ce déficit de valeurs humaines expliquerait, en partie au moins, cette peur d’un islam conquérant. Et Todd réduit la manifestation singulière du 11 janvier à une hystérie collective de zombies islamophobes. Précisons ici qu’Emmanuel Todd est de confession juive.

Monsieur Todd a largement prouvé et ses compétences et son attachement à la France et à ses valeurs pour que sa parole soit pris en compte. Pour autant semble t-il son émotion lui fait prendre quelques raccourcis. En effet si monsieur Todd a une approche sociopolitique, démographique et religieuse de la composition des divers manifestants du 11 janvier, la majorité d’entre eux, je le pense, ne confondaient pas le droit à la caricature et le blasphème. D’autres pensaient même que l’on ne pouvait que blasphémer, si cela était, que sa propre religion et non celle d’autrui.

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Et le raisonnement d’Emmanuel Todd, en seulement 30 jours d’écriture, ne tient pas compte, par manque de statistiques, de la composition réelle des publics présents ce jour là et de leur volonté ou non de diaboliser l’islam.

Pour ma part et après avoir discuté avec bon nombre de ces manifestants de cet “esprit du 11 janvier”, je sais que la grande majorité d’entre eux ne faisaient pas d’amalgame. Il reste néanmoins que l’ouvrage du talentueux Emmanuel Todd a le mérite d’enrichir le débat public.

Monsieur Todd pense par ailleurs que le concept de laïcité est trop rigoriste et que l’accommoder permettrait de réguler un peux mieux la barrière des religions. Ce qui intéresse fondamentalement Todd dans son analyse, c’est de faire renouer les êtres humains avec leurs valeurs profondes afin d’orienter ces valeurs vers des choses plus justes… reste à savoir lesquelles.

 

Vous avez du mal à prendre du recul? Il vous est difficile de bien gérer vos émotions? Entrons en contact et parlons en. Je vous souhaite de belles émotions créatrices…